Poésie Numérique 2

Communiqué de presse

POÉSIE NUMÉRIQUE

 

conception de l’exposition : Jacques Donguy

 

Franck ANCEL, Alain ARIAS-MISSON, Nanni BALESTRINI, Jean-Pierre BALPE, Philippe BOISNARD, Augusto de CAMPOS, Sarah CASSENTI / Bernard BOUSQUET, 

Philippe CASTELLIN, Caterina DAVINIO, Jacques DONGUY, Alexandre GHERBAN, Ladislao Pablo GYORI, Eduardo KAC, Alison KNOWLES, Claude MAILLARD, 

Tibor PAPP (hommage)

 

Vernissage le samedi 12 janvier 2019 à 18 heures

Du 22 novembre au 6 décembre 2018 / Du 12 au 22 janvier 2019

Entre le 6 décembre 2018 et le 12 janvier 2019, sauf entre le 24 décembre et le 7 janvier, sur rendez-vous (galeriesatellite17@gmail.com)

 

La Poésie numérique, qui a existé depuis les premiers ordinateurs opérationnels dans les années 60/70 avec quelques pionniers comme Nanni Balestrini, Emmett Williams, Brion Gysin, Dick Higgins, Alison Knowles à l’époque des fiches perforées, n’a vraiment démarré qu’avec le développement de l’ordinateur portable grand public (PC) à partir du milieu des années 1980. L’exposition comprend cependant une œuvre pionnière d’Alison Knowles (U.S.A.) de 1967, « House of dust », sous forme de sortie imprimante signée, œuvre mythique montrée à CalArts et plus récemment au CNEAI à Pantin ainsi que de documents autour de « Trade Mark 1 » de Nanni Balestrini en 1961. 

 

Mais le véritable démarrage de la Poésie numérique va se faire, il y a maintenant plus de trente ans, avec les premiers PC, avec, pour une première génération, pour les vivants et dans l’ordre alphabétique, Jean-Pierre Balpe, Philippe Castellin, Jacques Donguy, Ladislao Pablo Gyori, Eduardo Kac et Claude Maillard. Ce qui est intéressant, c’est que chacun a fonctionné de manière différente. Ladislao Pablo Gyori développe la poésie en 3D dans l’espace, Jacques Donguy, dès 1983, a l’idée, comme c’est une machine, que le texte ne s’arrête jamais, et celle d’un élargissement du langage, incluant images et sons en aléatoire. Jean-Pierre Balpe va développer la génération de texte. Augusto de Campos, à partir de la poésie concrète, va développer son travail pionnier avec la typographie en créant des « haï-kus électroniques », sortes d’énigmes typographiques numériques. Eduardo Kac, avec « OCO » par exemple, qui signifie « Vide », joue en 3D et en animation sur la forme des lettres « O » et « C », créant des significations multiples, au contraire de la typographie qui fige le sens. Signalons qu’une émission « Tracks » sur Arte, en date du 12 octobre dernier, donc actuellement visible en replay, a été consacrée à la Poésie numérique, plus précisément il y a dans cette émission un rappel du Cabaret Voltaire et de Hugo Ball, donc de « Hugo Ball à la Poésie numérique ». 

 

Parmi les poètes de cette génération des années 1980 montrés dans cette exposition, Jean-Pierre Balpe est celui qui a été le plus loin dans la génération de texte, et a collaboré avec des artistes comme Miguel Chevalier. Philippe Castellin (Akenaton) présente la série « Fanfares » en langage JAVA, qui a été montrée au FRAC Corse. Sur fond de vidéo de carnaval à Compiègne, cette œuvre utilise le web pour aller chercher des bribes de phrases liées aux informations du jour qu’elle récupère parmi les FluxRss. Ces informations sont mises en forme de texte dont les attributs varient en fonction des données sonores. Soit une position critique à l’égard de la saturation des récepteurs par ce défilé permanent qui finit par leur ôter toute signification. D’autres applications seront présentées, comme « Flux » (2012) sur le même principe, ici sous forme typographique, déterminant des éléments statistiquement récurrents comme « Foot » ou « PSG », soit une mémoire des médias qui est effacée quasiment au moment même où elle se construit, ne nous laissant à vivre qu’une amnésie sidérative. De Philippe Castellin aussi, des œuvres plastiques à base de QR Codes : « Alias » et « Flanolula ». « Alias » est un ensemble de 4 unités basé sur l’utilisation de QR Codes qui prétendent au statut d’objets-énigmes que l’on peut flasher, ce qui renvoie au statut du texte qui fonctionnerait comme une espèce de QR Code. « Flanolula », ce sont 10 tee-shirts où ont été imprimés des QR Codes en noir et blanc, qui , dans la mesure où ils sont portés, fait que le texte est disséminé sauf rencontres improbables. Jacques Donguy est représenté par des tirages photo de captures d’écran d’ordinateur textes/images en Pure Data, son dernier travail, et aussi par des photos de performance de Bernard Bousquet. Il s’agit d’une vidéo-projection d’un texte de lettres vert fluo, comme dans Matrix, produit aléatoirement par un Atari 520ST, disquette de 1993, miraculeusement encore en fonctionnement, sur le corps de Sarah Cassenti, à l’occasion d’une performance de celle-ci au Générateur à Gentilly le 6 juillet dernier. Des collaborations techniques sont intervenus, Philippe Boisnard pour Pure Data, Guillaume Loizillon pour le Basic. Ladislao Pablo Gyory (Argentine) présente des œuvres en 3D. Eduardo Kac (U.S.A.) montre « Outrossim », sur une sérigraphie à 100 exemplaires, introuvable aujourd’hui, un QR Code anamorphique qui se révèle être un poème en brésilien après lecture par un smartphone, dont la traduction est : « Je suis sans être / Je suis cent êtres ». Claude Maillard, auteur de « Machines vertige Sat.L. Robot » en 1994, présente, elle, des tirages numériques. Tibor Papp, qui vient de mourir, fera l’objet d’un hommage le mardi 22 janvier, avec notamment « Les très riches heures de l’ordinateur n°4 » de 1989.

 

Pour les années 1990, toujours dans le cadre de cette exposition, nous avons le brésilien Augusto de Campos, en Italie Caterina Davinio et en France Philippe Boisnard et Alexandre Gherban. Augusto de Campos, qui vient de recevoir le grand prix de poésie Janus Pannonius en Hongrie, montre des tirages d’œuvres numériques extraits de son dernier recueil « OUTRO », publié en traduction partielle dans la revue « Celebrity Cafe » #03 paru aux presses du réel et qui sera présenté à la galerie le 12 janvier lors du vernissage. Il montre aussi une animation numérique de son poèmes « SOS », où le mot « je » dans toutes les langues (« io », « ich »…) tourbillonne autour d’un trou noir matérialisé par le « O » de « SOS ». Caterina Davinio, qui a notamment participé à la Biennale de Venise, montre des œuvres sur aluminium et des vidéos qui datent de 1994, plus dans l’esprit d’une Poesia visiva en animation numérique. Philippe Boisnard expose quant à lui une installation nouvelle, « Black Hole in the language », où, à l’aide d’une application sur smartphone, on peut envoyer un secret, qui apparaît en lettres rouges, puis disparaît dans un vortex de millions de lettres tourbillonnant autour d’un trou noir. En échange, le spectateur reçoit le secret d’une autre personne sur son portable. Il expose aussi des cubes de la série « phAUTOmaton », résultat d’une œuvre sur internet. Alexandre Gherban est l’auteur de petits automates-programmes qui permettent l’exploration de situations de poésie numérique. Alain Arias-Misson montre quant à lui une œuvre dans un cube en plexi avec des lettres en 3D qui forment des poèmes proches de la poésie concrète, nouveau travail qu’il a commencé il y a 6 ans, ici sous le titre « Speechless – with the Dead », faisant allusion à l’incommunicabilité. Franck Ancel fait le lien avec « Le Livre » de Mallarmé, un projet entre édition-installation-performance qui a débuté en 2010, avec une œuvre qui a pour titre : « 0000 from 1959 to 2019 », en hommage à la scénographie de Jacques Poliéri de Stéphane Mallarmé en 1959, œuvre en 3D, à partir d’une numérisation d’une page manuscrite du « Livre » de Mallarmé. 

 

Précisons qu’il s’agit ici de Poésie numérique, et ce qui nous intéresse, c’est la poésie, non plus faite avec la « technologie », nous insistons sur ce mot, de l’imprimerie à caractères mobiles de Gutenberg dominante surtout au XIXème siècle, mais avec l’ordinateur, devenu grand public, à la fin du XXème et en ce début de XXIème siècle, technologie capable de gérer nos deux sens principaux de l’humain, la vue et l’ouïe, au contraire de la « print technology » où tout passe par le filtre de la vue, ce que McLuhan a très bien analysé dans « La galaxie Gutenberg ». Donc pour nous, tout ce qu’ont pu faire les universitaires ou les ingénieurs (Jean A. Baudot) ne peut pas être considéré comme de la poésie, qui est un « art » du langage. Il ne s’agit pas pour nous de mettre en avant des manipulations techniques, mais de montrer la poésie d’aujourd’hui. D’où l’importance de la référence au « Livre » de Mallarmé, précurseur visionnaire, et le caractère exemplaire de l’œuvre et de la réflexion théorique, visible dans la préface de son dernier livre « OUTRO », d’un Augusto de Campos, le dernier grand intellectuel brésilien vivant.

 

 

Galerie Satellite

7 rue François de Neufchâteau 75011 Paris, m° Charonne 

ouvert du mardi au samedi de 14 h à 19 h

tél : 01 43 29 80 20

 

 

 

Dans une vitrine sont montrés des documents rares, dont 1 exemplaire de la revue « Alire », première revue littéraire sur disquette informatique, le livre « Computer for the arts » de Dick Higgins paru en 1970, à cause du poème « Hank and Mary » réalisé avec James Teeney en 1968, le catalogue de la mythique exposition de Jasia Reichardt « Cybernetic Serendipity » à l’ICA de Londres en 1968 et d’autres documents rares.

 

 

Biographies :

 

Franck ANCEL anime « Gravitons », plateforme dédié notamment aux éditions numériques, avec ce titre : « Du Livre de Mallarmé au livre mal armé ». Il explore la numérisation avec des créations post-scénographiques, autour d’un « Global Poétique système ». Il a participé à la rétrospective Jacques Poliéri à la Bibliothèque Nationale de France.

 

Alain ARIAS-MISSON (U.S.A.) est connu pour ses « Poèmes publics » dans la rue de villes comme Bruxelles, Madrid, Paris ou Berlin. Il a fait des études littéraires à Harvard, a vécu en Espagne au moment de la guerre du Vietnam où il a connu Joan Brossa, et dès 1966, a travaillé sur des poèmes concrets sur plexiglas. Mais c’est en 2012 qu’il inclut des lettres en 3D dans le plexiglas à partir d’un programme, en collaboration avec un laboratoire.

 

Nanni BALESTRINI (Italie) a fait partie du « Gruppo 63 » et est le pionnier de la première génération de ce qu’on n’appelait pas encore « Poésie numérique » en 1961 avec « Trade Mark 1 ». Cette œuvre a été montrée à la mythique exposition « Cybernetis Serendipity », « Le hasard cybernétique », organisée par Jasia Reichardt en 1968 à l’ICA de Londres.

 

Jean-Pierre BALPE a été membre de l’ALAMO qu’il a quitté, et a participé en 1985 aux Immatériaux à Beaubourg avec des rengas en génération automatique de texte à l’ordinateur, développant ce qui avait été fait à l’origine avec Theo Lutz en 1959, mais développant aussi toute une réflexion théorique notamment sur la notion de flux, sur la notion d’auteur. Qui est l’auteur du texte produit ?

 

Philippe BOISNARD, artiste programmeur, diplômé en Philosophie et Littérature à la Sorbonne, a reçu en 2007 le grand prix multimédia pour sa création internet de la part de la Société des Gens de Lettres de France. Son travail porte sur la liaison entre les mots et les situations réelles, par exemple Fukushima. Il développe la série work in progress « phAUTOmaton » exposée à l’Institut Français du Japon à Tokyo en 2013, montrée ensuite à Montréal par l’Agence Topo et en 2014 dans 7 villes de Russie.

 

Augusto de CAMPOS (Brésil), le créateur du mouvement international de Poésie concrète avec Eugen Gomringer, vient de sortir un nouveau recueil, « OUTRO », en 2015 au Brésil, dont des extraits importants vont paraître aux presses du réel. Né en 1931, c’est le dernier survivant du groupe Noigandres, après la disparition d’Haroldo de Campos et de Décio Pignatari. Certains de ses poèmes en animation numérique sont visibles sur internet sur www.erratica.com.br, dont « tvgrama 4 erratum », « deus » et « pós ».

 

Philippe CASTELLIN, ancien élève de l’École Normale Supérieure d’Ulm, agrégé de philosophie, docteur en linguistique et sémiologie, marin aussi, vit en Corse. Co-fondateur du groupe AKENATON en 1984, il co-organise un festival de performance à Ajaccio et reprend la revue « Doc(k)s » en 1990 qui va publier, avec la revue « Alire », un numéro commun en 1997 accompagné d’un CD-ROM, « Poésie et informatique », numéro qui sera présenté en Revue Parlée au Centre Pompidou. Très impliqué dans l’exploration des nouvelles technologies, CD-ROM et Web, il réalise de nombreux travaux de poésie programmée par ordinateur dans les années 1985.

 

Caterina DAVINIO (Italie) est née à Foggia en 1957 et vit à Rome. Après avoir fait des études en littérature italienne, a travaillé avec les nouveaux médias comme écrivain, curatrice et théoricienne. Elle est parmi les pionnières de la Poésie numérique dans les années 1990 et l’initiatrice de la Poésie sur le net en Italie en 1998. Parmi ses publications, on peut citer son essai « Techno-poésie et Réalités virtuelles », Sometti, Mantoue, 2002, avec une traduction en anglais et une préface par Eugenio Miccini.

 

Jacques DONGUY vient de publier en 2017 un livre aux presses du réel intitulé « Pd-extended 1 poésie numérique en Pure Data » où sont réunis tous ses textes théoriques, préfaces de livres, articles de revues ou interventions dans des colloques universitaires de 1984 à 2015. Des articles sur son travail avec l’ordinateur sont parus dans la revue « Intervention » du printemps 1984 et dans Libération du 29 juin 1984. Il a aussi régulièrement tenu une chronique de poésie numérique dans la revue « CCP » du cipM de Marseille de 1999 à 2013. Et il co-anime aujourd’hui la revue « Celebrity Cafe » qui en est à son 3ème numéro, consacrée aux poésies expérimentales, qui sont l’authentique poésie du XXème et du XXIème siècle.

 

Alexandre GHERBAN à partir de 1995/96 a fait un ensemble de poèmes numériques avec lingo de Director. Avec le problème de l’obsolescence accélérée des technologies, qui font que ces œuvres ne sont plus accessibles aujourd’hui, sauf sur sites internet, ou à la BnF s’il y a eu dépôt légal.

 

Ladislao Pablo GYORI (Argentine) a fait partie du CD-ROM « Alire 10 - Docks 3 13-16 » de 1997 avec sa « V-Poetry », « Virtual Poetry ». Il a commencé très tôt en Argentine et 1982, et a développé ses poèmes en 3D. Il intervient dans le n°2 de la revue « Celebrity Cafe » (les Presses du réel) dans un article intitulé : « Technologyori… Pour une virtualité débordante et exographiste ».

 

Eduardo KAC (U.S.A.), né au Brésil, vit à Chicago et enseigne au SAIC, l’école de l’Art Institute. Il a développé un travail pionnier en poésie numérique dès 1982 sous différentes formes, travail élargi à l’holopoésie, à l’aromapoésie, et tout dernièrement au poème en apesanteur dans l’I.S.S, « Télescope intérieur ». Il est aussi connu par sa pratique du Bio-art. Un dossier important lui a été consacré dans la revue « Celebrity Cafe #2 ».

 

Alison KNOWLES (U.S.A.), connue comme artiste Fluxus, vit à New York. Elle a réalisé en 1967 le poème « House of Dust » en collaboration avec James Teeney, un poème en génération de texte sur ordinateur écrit en langage FORTRAN IV, déclinant toute une série de variations, « A House of Wood », « A House of Leaves », « A House of Plastic »... C’est un poème en langage typographique, mais aussi une partition, au sens Fluxus du terme, qui va inspirer de nombreux artistes.

 

 

Claude MAILLARD est écrivain, docteur ès lettres et psychanalyste. Membre du groupe LAIRE, à l’origine de la revue ALIRE en 1988 sur disquette informatique, elle est l’auteur de nombreuses publications dont « Salt L-Robot » en 1994. Parmi ses poèmes visuels sur ordinateur, citons en 1989 « Dressage n°1 », « Dressage n°2 » et « Dressage n°3 » et en 1997 « Argentina », poème visuel dynamique.